Règle absolue : pour ce faire ou se faire en français

pour ce faire ou se faire

Pourquoi hésitons-nous toujours entre pour ce faire ou se faire ?

La question du choix exact concernant pour ce faire ou se faire revient de manière systématique lorsque nous rédigeons des documents professionnels, des lettres de motivation ou même de simples messages à nos collègues. C’est une interrogation tout à fait légitime. Je me souviens très bien d’une scène récente, alors que j’étais attablé dans un petit café chaleureux près de la porte d’Or à Kyiv. J’aidais un ami ukrainien, francophone passionné, à corriger un rapport de stage très important. Il bloquait complètement sur cette fameuse tournure de phrase, redoutant de commettre l’impair fatal. Ma thèse est la suivante : la confusion entre ces deux expressions ne relève en aucun cas d’un manque de vocabulaire, mais simplement d’un piège auditif que notre propre langue nous tend.

Même en 2026, alors que nos outils numériques corrigent presque tout de manière automatique, nos algorithmes peinent parfois à saisir la subtilité du contexte de ces homophones. Savoir utiliser la bonne orthographe demande une logique de base, presque mathématique. Une fois que l’on comprend ce que cache chaque petit mot, la rédaction devient d’une fluidité absolue. C’est ce que nous allons voir ensemble, étape par étape, comme si nous discutions de grammaire autour d’un bon café ukrainien fumant.

La mécanique fondamentale de la règle grammaticale

Pour mettre fin aux doutes, il faut d’abord isoler la nature des mots qui composent l’expression. C’est un exercice de logique pure. Quand on dit « pour ce faire », on utilise le pronom démonstratif « ce ». Le mot « ce » remplace ici la notion de « cela ». La formule entière signifie donc littéralement « pour faire cela » ou « afin de réaliser cette chose ». C’est une locution qui fait toujours référence à une action précédemment citée. À l’inverse, l’expression contenant « se » s’utilise avec un verbe pronominal. Le « se » est un pronom personnel réfléchi qui renvoie au sujet de l’action. On dira par exemple qu’une personne fait tout « pour se faire remarquer » ou « pour se faire pardonner ».

Comprendre cette distinction offre une véritable valeur ajoutée à votre expression écrite. Vous montrez une maîtrise solide de la syntaxe française, ce qui donne immédiatement du crédit à votre propos. Prenez par exemple un chef de projet qui écrit : « Nous devons augmenter notre production d’ici la fin du mois ; pour ce faire, nous allons recruter des intérimaires ». L’impact est net. À l’opposé, imaginez la phrase : « Il a menti pour se faire bien voir ». Le sens change du tout au tout.

Expression Signification et nature Exemple concret
Pour ce faire Pronom démonstratif (pour faire cela). L’entreprise s’étend. Pour ce faire, elle investit.
Se faire Verbe pronominal (action subie ou réfléchie). Il parle fort pour se faire entendre.
Pour se faire Locution suivie obligatoirement d’un infinitif ou substantif. Elle a offert des fleurs pour se faire pardonner.

Voici une liste infaillible pour ne plus tomber dans le piège :

  1. Essayez le remplacement mental : Substituez l’expression par « pour faire cela ». Si la phrase garde tout son sens, vous devez obligatoirement écrire « ce » avec un C.
  2. Vérifiez le verbe qui suit : Si la locution est directement suivie d’un verbe à l’infinitif (comme pardonner, remarquer, entendre), il s’agit presque toujours d’un verbe pronominal. Écrivez « se » avec un S.
  3. Cherchez le sujet concerné : Si l’action retombe sur le sujet lui-même (la personne agit sur elle-même), c’est l’orthographe pronominale qui s’impose avec la lettre S.

L’histoire d’un piège linguistique redoutable

Les origines de la locution démonstrative

Pour comprendre le problème, remontons aux origines de la langue. Le mot « ce » puise sa source dans le latin classique, plus précisément dans l’évolution de termes démonstratifs comme « ecce hoc ». Au fil des siècles, l’ancien français a simplifié ces sonorités pour aboutir au petit mot que nous connaissons aujourd’hui. L’expression « pour ce faire » est une tournure relativement ancienne, presque figée, que l’on retrouvait déjà dans les actes juridiques et administratifs de la Renaissance. Elle servait de liaison logique forte pour éviter de répéter une phrase entière.

L’évolution de l’usage pronominal

Parallèlement, le pronom personnel « se » vient directement du pronom réfléchi latin « se », signifiant « soi-même ». La construction des verbes pronominaux s’est largement développée dans notre langue pour exprimer des actions réflexives. Pendant très longtemps, la distinction à l’écrit ne posait pas de difficulté majeure car les lettrés maniaient la syntaxe avec rigueur. Mais l’oralité a fini par brouiller les pistes.

L’état moderne de la langue française

Avec la standardisation de l’orthographe et l’homophonie absolue entre le « ce » et le « se », la confusion s’est installée. La prononciation étant strictement identique, le cerveau humain, qui cherche souvent la facilité, mélange les deux catégories grammaticales. Aujourd’hui, on enseigne cette règle de manière mécanique, mais il est fascinant de constater que c’est l’évolution phonétique naturelle du français qui a créé ce casse-tête syntaxique spécifique à la francophonie.

L’anatomie scientifique du choix orthographique

Anatomie syntaxique des homophones

Si on approche le sujet d’un point de vue purement linguistique, l’homophonie est le cœur du problème. Le son consonnantique initial est le même, fricatif et alvéolaire, ce qui donne une signature acoustique identique. Mais sur le plan de la syntaxe, les rôles sont diamétralement opposés. Le pronom « ce » joue un rôle dit anaphorique. Cela signifie qu’il a besoin d’un antécédent pour exister. Il se rattache à une proposition complète qui vient d’être énoncée. Sans le contexte précédent, la phrase contenant « pour ce faire » est sémantiquement orpheline et incompréhensible.

La mécanique des pronoms réfléchis

Le pronom « se », quant à lui, est ce qu’on appelle un clitique réfléchi. Il est intimement soudé au verbe qui l’accompagne et partage la personne (la troisième personne du singulier ou du pluriel) du sujet de la phrase. Son existence est justifiée par le verbe, et non par la phrase précédente.

  • Règle de l’anaphore : Le pronom « ce » agit comme un miroir braqué sur le passé immédiat du texte, résumant une idée complexe en une seule syllabe.
  • Règle de la réflexivité : Le pronom « se » crée une boucle d’action fermée sur le sujet lui-même, modifiant la voix et l’impact du verbe.
  • Incompatibilité sémantique : Les deux expressions ne peuvent jamais être échangées sans détruire totalement l’intégrité grammaticale de la phrase.

Votre programme d’entraînement sur sept jours

Jour 1 : Identifier le pronom démonstratif

Commencez la semaine doucement en vous concentrant uniquement sur la lettre C. Prenez un article de presse en ligne ou un document d’entreprise, et lisez-le attentivement. Votre seule mission aujourd’hui est de surligner mentalement (ou physiquement si vous imprimez) chaque apparition de la locution « pour ce faire ». Analysez ce qu’elle remplace dans le paragraphe précédent. Vous allez vite réaliser qu’elle est toujours utilisée comme un pont entre deux idées, un connecteur logique puissant.

Jour 2 : Repérer le pronom personnel

Le deuxième jour, changez de cible. Partez à la chasse aux verbes pronominaux à l’infinitif. Cherchez des expressions comme « se faire une raison », « se faire entendre », « se faire belle ». Remarquez comment l’action est toujours centrée sur la personne ou l’objet qui accomplit l’action. Ce petit exercice d’observation vous permettra d’isoler visuellement la fonction du « se » et d’habituer votre œil à sa présence indissociable du verbe.

Jour 3 : Pratiquer la substitution mentale

Aujourd’hui, on passe à l’action. Chaque fois que vous écrivez un texte, un sms, ou un email professionnel, imposez-vous une pause réflexive. Si vous êtes sur le point de taper le son, arrêtez-vous. Forcez-vous à prononcer intérieurement « pour faire cela ». Si la phrase reste parfaitement claire, vous avez le feu vert pour taper un C. Cette habitude, répétée tout au long de la journée, va créer un nouvel automatisme cérébral.

Jour 4 : Analyser le contexte de la phrase

Le quatrième jour est dédié à l’analyse de l’environnement immédiat du mot. Regardez le mot qui suit directement l’expression. Est-ce une virgule ? Est-ce un verbe ? Généralement, « pour ce faire » est suivi d’une virgule et introduit le moyen d’atteindre le but. S’il est suivi d’un infinitif sans ponctuation, vous êtes très probablement en présence d’une structure avec « se ». La ponctuation est un excellent indice visuel.

Jour 5 : Lire à haute voix avec les synonymes

Votre voix est votre meilleure alliée pour valider la fluidité d’un texte. Prenez les écrits que vous avez produits cette semaine. Lisez-les à haute voix. Lorsque vous rencontrez la zone de doute, remplacez-la par ses synonymes. Dites « à cet effet » au lieu de « pour ce faire ». Si ça marche, c’est gagné. Dites « à lui-même » pour tester la réflexivité du pronom « se ». L’oreille détecte souvent les erreurs que l’œil laisse passer.

Jour 6 : Rédiger dix phrases de test

Prenez un carnet et un stylo. Oui, on revient au papier, c’est excellent pour la mémoire kinesthésique. Rédigez cinq phrases en utilisant la locution démonstrative, et cinq phrases utilisant un verbe pronominal. Créez des contextes professionnels, personnels ou humoristiques. Le fait de générer vous-même les phrases, en toute conscience de la règle, va cimenter la connaissance dans votre esprit de manière durable.

Jour 7 : L’évaluation finale sans filet

C’est l’heure de vérité. Aujourd’hui, rédigez vos communications normalement, sans correcteur orthographique si possible. Laissez l’automatisme prendre le relais. Vous constaterez que l’hésitation s’est envolée. Vous n’avez plus besoin de réfléchir cinq minutes avant d’envoyer votre rapport au patron. Vous avez intégré la logique de fond, le choix orthographique est devenu naturel.

Mythes tenaces et réalité linguistique

Mythe : La forme « pour se faire » avec un S n’existe pas du tout en français et compte toujours comme une faute.

Réalité : C’est totalement faux. La forme avec un S est parfaitement correcte si elle introduit un verbe, comme dans la phrase : « Il a crié pour se faire remarquer ». Ce n’est juste pas le même sens.

Mythe : L’Académie française envisage de supprimer cette distinction pour simplifier l’orthographe.

Réalité : Absolument pas. L’Académie maintient cette règle avec ferveur, car le C et le S portent une charge de sens très différente. Les confondre détruirait la précision de la phrase.

Mythe : Mon correcteur automatique corrigera l’erreur de toute façon.

Réalité : Même en 2026, les intelligences artificielles font des erreurs de contexte et peinent parfois à choisir la bonne lettre si la phrase précédente est ambiguë.

Questions fréquentes et conclusion

Faut-il mettre une virgule après la locution ?

Oui, lorsqu’on utilise « pour ce faire » (avec un C), il est fortement recommandé de placer une virgule juste après, car c’est une locution adverbiale de liaison.

Peut-on l’utiliser à l’oral au quotidien ?

Bien sûr, bien que cela donne un ton très formel ou administratif à votre discours. À l’oral familier, on dit plus souvent « pour faire ça ».

Quelle est l’erreur la plus courante ?

L’erreur fatale est de l’écrire avec un S alors que la phrase remplace un « cela ». C’est l’écueil classique dans les lettres de motivation.

Existe-t-il une abréviation ou un raccourci ?

Non, il n’existe aucune abréviation officielle pour cette tournure, elle s’écrit toujours en toutes lettres.

Les Québécois utilisent-ils cette règle différemment ?

La règle grammaticale est strictement la même au Québec qu’en France, en Belgique ou en Suisse. L’orthographe est internationale.

Peut-on écrire « pour ce faire » en tout début de phrase ?

Absolument. Il est très courant de commencer une nouvelle phrase par cette locution suivie d’une virgule pour marquer la transition logique.

Quel est le synonyme exact le plus élégant ?

Si vous souhaitez varier votre vocabulaire, vous pouvez parfaitement la remplacer par « à cette fin » ou « à cet effet ».

En résumé, la maîtrise de cette règle n’est qu’une question de remplacement mental. Dès que vous doutez, essayez de dire « pour faire cela ». Si ça marche, c’est le C qui l’emporte. Sinon, c’est un verbe pronominal nécessitant un S. La grammaire n’est finalement qu’une mécanique logique fascinante. Prenez le contrôle de vos écrits, partagez cette méthode avec vos collègues, et n’hésitez pas à laisser un commentaire si cet exercice vous a enfin libéré de vos doutes orthographiques !

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